Willy Ronis est mort à 99 ans - photographie

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23/09/2009 | 16:48

Willy Ronis est mort à 99 ans

- Le photographe Willy Ronis - F2 -

Le photographe Willy Ronis

© F2

Willy Ronis, le doyen des photographes français, s'est éteint le 12 septembre à l'âge de 99 ans

Il était une des dernières grandes figures de ce qu'on a appelé le courant "humaniste", après la guerre.

Willy Ronis était célèbre pour ses photos des gens ordinaires, mouvements sociaux et des quartiers populaires de Paris dans les années 50. Invité d'honneur des rencontres photographiques, il était encore cet été à Arles.

Le photographe ne se déplaçait plus qu'en fauteuil roulant, affaibli par son grand âge et des dialyses régulières. Mais il avait tenu à être présent aux Rencontres internationales de la photographie où une exposition lui était consacrée et où il avait encore passé des heures à échanger avec des visiteurs anonymes.

Photographe à la mort de son père
Willy Ronis est né en 1910 à Paris, d'un père juif ukrainien, photographe de quartier et amateur d'opéra, et d'une mère juive lituanienne, professeur de piano. Il se passionne pour la musique et le dessin, mais, dans un environnement mélomane, il penche plutôt pour la musique et rêve d'être compositeur.

Willy Ronis en 1979, AFP / Dominique FagetWilly Ronis réalise son premier cliché à l'âge de 16 ans, avec un Kodak 6,5 x 11 cm que lui a offert son père. Au retour du service militaire, en 1932, son père est malade. Il doit le remplacer au studio et abandonne la musique. Mais la photo de studio l'ennuie, il préfère l'extérieur, la rue. Il commence à photographier Paris, ses ouvriers et ses clochards, son pavé luisant la nuit, les mouvements sociaux. Alors à la mort de son père, en 1936, Ronis se débarrasse du magasin et devient  photographe pour la presse, l'industrie, la mode et la publicité.

Pendant le Front Populaire, en 1936, Willy Ronis publie dans la revue Regards ses premiers reportages sur les mouvements sociaux. Il photographie aussi des anonymes dans la rue, dans le métro, mais, timide, il ne s'approche pas beaucoup, aimant les personnages isolés dans la foule.

En 1938, lors d'une grève chez Citroën, il photographie Rose Zehner, une ouvrière perchée sur une chaise pour haranguer la foule. Une image restée inédite pendant des années, exhumée une quarantaine d'années plus tard et devenue une de ses photos les plus célèbres.

Pendant la Seconde guerre mondiale, Willy Ronis quitte Paris pour la zone libre où il occupe divers emplois de régisseur de théâtre, aide-décorateur de cinéma, ou peintre sur bijoux, avec Marie-Anne qu'il épouse en 1946.

L'âge d'or de l'après-guerre
A la Libération, Willy Ronis participe à la renaissance de la presse illustrée. Comme il le racontait en 2005, à l'occasion d'une grande exposition à l'Hôtel de Ville de Paris, "le public avait une folle soif d'images et, pendant quelques années, la photographie pour la page impriméee connut une période de grande fertilité". Il effectue des commandes sur des sujets de société pour divers magazines.

Willy Ronis intègre, en 1946, la première équipe de l'agence Rapho avec Robert Doisneau, Brassaï, Boubat... C'est la grande époque de la photographie dite "humaniste" française, qui a l'humain comme sujet principal.

En même temps, Ronis poursuit un travail personnel sur Paris. A partir de 1947, il se passionne pour les quartiers populaires de Belleville et de Ménilmontant dont il arpente les rues et immortalise le côté encore campagnard, la lumière, les cafés et les gamins.

Le creux de la vague avant la consécration
En 1955, Ronis quitte Rapho (qu'il rejoindra plus tard). Les années 60 et 70 sont moins fastes pour les photographes humanistes. Le regard idéaliste qu’ils portaient sur l’homme n’est plus à la mode. Les commandes sont moins nombreuses

Le photographe fait de la publicité, de la mode, du reportage industriel, des genres qui ne le passionnent pas. En 1972, Willy Ronis décide de quitter Paris pour Gordes, puis l’Isle-sur-la-Sorgue. Pendant ses années provençales, il enseigne et photographie le Midi.

La consécration vient à la fin des années 1970: après quelques années d’oubli, on redécouvre les photographes humanistes, avec la nostalgie du vieux Paris. Grand Prix des arts et lettres pour la photographie en 1979, invité d'honneur des Rencontres internationales de la photographie d'Arles en 1980, Willy Ronis obtient le prix Nadar pour son livre Sur le fil  du hasard en 1981.

Expositions, rétrospectives et hommages se succèdent, notamment à Paris en 1985, 2005-2006.

Un photographe de l'extérieur et du mouvement
Lors d'un entretien accordé en mai au journal en ligne Mediapart, Willy Ronis disait préférer le mouvement au portrait. "Dans les différents genres que j'ai abordés, je n'aimais pas bien le portrait. Moi j'aimais mieux le mouvement: les gens dans la rue, les événements, les choses qui bougent", expliquait-il. "Le portrait, c'est une personne que vous devez photographier et qui généralement n'aime pas ça."

 

Il n'était pas "un fou de la mécanique", et n'a possédé que peu d'appareils photo dans sa vie. "La photo c'est surtout l'oeil qui la fait. L'appareil, il le faut bien sûr, mais c'est le photographe qui fait la photo, pas l'appareil", ajoutait-il.

Lors d'une exposition au Pavillon des Arts à Paris, en 1996, le photographe, âgé alors de 86 ans, disait: "Maintenant je vais, c'est certain, retourner sur le terrain. Car il ne faut surtout pas s'arrêter." Il avait dû poser son appareil photo en 2002. « Je me suis trouvé subitement handicapé dans mes capacités de me mouvoir. Je ne pouvais plus bien marcher, je ne pouvais plus courir et ce qui m’intéressait le plus –aller au-devant de l’événement- c’était fini », expliquait-il. Ses dernières photos furent des nus, qui ne demandaient pas de courir.

Willy Ronis a principalement fait des photos en noir et blanc. Ce sont ces images qu'on connaît. Pourtant à partir de 1955 il a aussi pratiqué la couleur, utilisant le Kodachrome. Il a traité les mêmes sujets, dans la rue, toujours, mais en couleurs. On connaît beaucoup moins cet aspect de son travail. On avait pu découvrir ces belles photos aux lumières douces et aux couleurs profondes, lors de l'exposition "Paris en couleurs" à l'Hôtel de Ville de Paris en 2007-2008.

A lire également:
Les rencontres d'Arles fêtent leurs 40 ans
A voir aussi la vidéo:
Le photographe Willy Ronis s'expose à Arles
Une interview sur Culturebox

 
Photographier comme l'oiseau chante

Willy Ronis, 98 ans, aux Rencontres d'Arles (7 juillet 2009) - AFP / Gérard JulienA l'occasion de l'hommage qui lui était rendu à Arles, Willy Ronis avait donné en juillet dernier une interview à l'AFP.

"Que signifie être photographe humaniste ?", lui avait-on demandé. "Si je peux employer une métaphore, c'est faire de la photo comme l'oiseau chante. Il ne se pose pas la  question", avait déclaré le photographe.

Le vieil homme, qui ne se déplaçait plus qu'en fauteuil roulant, avait gardé toute sa vivacité d'esprit, et la mémoire de chaque photo prise.

"Mon premier cliché, avait-il raconté, c'est une photo de la vallée de Chevreuse, prise depuis une hauteur." "Pour moi, c'était un jouet, dit-il de l'appareil que son père lui offre quand il a 16 ans. Je ne voulais pas être photographe, je voulais être compositeur de musique."

A Paris, qui reste le sujet privilégié de ses photographies, "je ne sortais jamais sans mon appareil photo, même quand j'allais acheter le pain !" dit-il. "Je n'allais jamais dans les beaux quartiers. Ce qui m'intéressait, c'était les scènes populaires."

Il raconte comment il a fait la photo des amoureux qui s'embrassent en haut de la colonne de Juillet, une de ses images les plus connues. "J'étais monté ce jour-là parce que je voulais faire des photos en hauteur. Je ne vois personne, je me dis, 'je vais être tranquille'. Je me retourne, et je vois deux amoureux accoudés qui regardent le paysage. Au moment où j'arme l'appareil, le jeune homme pose un baiser sur la tempe de son amie. Ils ne se sont pas aperçus que je les photographiais". Ce sont "Riton" et Marinette, dont il fera la connaissance 30 ans plus tard.

Accoudé à la balustrade d'un pont, Willy  Ronis voit passer une péniche sur laquelle deux enfants jouent. "J'ai appuyé, et c'est après que j'ai regardé si j'étais à la bonne distance. On appuie d'abord, et on regarde après!", s'amuse le photographe.

Membre du Parti communiste, le photographe a aussi montré "les dures réalités". "C'est vrai, j'ai des inclinations sociales", dit-il. Il fait des reportages sur le Front populaire, immortalise Rose Zehner, haranguant les grévistes aux usines Javel-Citroën en 1938.

Mais "j'ai très vite aimé toutes les facettes de la photographie", avait-il ajouté. On connaît son "Nu" à Gordes. "J'ai une formation d'artiste classique, j'allais très souvent au Louvre, avec un goût particulier pour la peinture flamande, les gens dans la rue, les  scènes de patinage sur les canaux gelés."

 
L'hommage de la profession
Ce qui caractérise la photo de Willy Ronis, "c'est une distance particulière à son sujet, ce qui est très difficile. Il était unique", a déclaré à l'AFP François Hebel, le directeur des Rencontres photo d'Arles où Ronis était invité d'honneur cette année. Ses photos, souligne-t-il, "donnent toujours un contexte au personnage, que ce soit un syndicaliste en train d'haranguer les foules, un visage d'immigré derrière une fenêtre de bar en hiver ou sa femme en train de faire des ablutions".

"Il était délicat dans sa photo comme dans sa vie", se souvient-il. Personnage "extrêmement sympathique", Willy Ronis, qui se déplaçait en fauteuil roulant, "restait des heures dans son exposition à parler avec des anonymes", raconte-t-il.

Willy  Ronis "a été un des hommes les plus engagés de son temps", a estimé le directeur et fondateur du festival de photojournalisme Visa pour l'image,  Jean-François Leroy. "Avec Sabine Weiss et Robert Doisneau, c'est lui qui a donné cette notion de photo humaniste, c'est-à-dire toujours proche de ses sujets, toujours en  empathie avec eux, que ce soit des gens dans la rue ou que ce soit des  militants", a déclaré Jean-François Leroy à l'AFP.

"Il a toujours été très impliqué dans les conflits sociaux, dans les grèves, dans les combats syndicaux", a-t-il souligné. "Dans la photo, il avait un sens du cadrage et un sens de la lumière tout à fait remarquable". Willy  Ronis  "avait le respect et l'admiration de toute une profession", selon Jean-François Leroy.

"On est tous un peu tristes parce que c'était un peu le grand-père de tous les photographes", a-t-il affirmé: "C'était un homme tellement disponible, tellement gentil, tellement ouvert."

"Nous avons beaucoup de peine. Il a toujours eu une grande fidélité pour Rapho. Il laisse seuls une équipe et des gens avec qui il a travaillé pendant  des années avec beaucoup de chaleur
", a déclaré Stéphane Ledoux, le patron  d'Eyedea Press (Rapho, Gamma...). "Sa photo était profondément humaniste et vraie. C'était un des plus grands photographes de son temps", ajoute-t-il. Malgré son grand âge et ses problèmes de santé, le photographe "a été clair dans son esprit et pétillant jusqu'au bout".

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