Frida Kahlo, El Camion (L'Autobus), 1929

Frida Kahlo, El Camion (L'Autobus), 1929

(c) Coleccion Museo Dolores Olmedo, Xochimilco, Mexico
Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles expose l'oeuvre forte et dérangeante de Frida Kahlo (jusqu'au 18 avril)

Dix-neuf toiles, une eau-forte et six dessins de la peintre mexicaine sont exposés en prélude à un festival qui célébrera les 200 ans d'indépendance du Mexique et le centenaire de sa révolution.

Les oeuvres ont été prêtées par le Museo Dolores Olmedo de Mexico, qui détient la plus grande collection privée d'oeuvres de Frida Kahlo (1907-1954).

Née d'un père d'origine allemande et d'une mère mexicaine d'origine indienne, Frida Kahlo est une femme "moderne, libre et libérée", souligne France De Kinder, la directrice des exposition du musée bruxellois.

Frida Kahlo, La Columna rota (La colonne brisée, 1944) - (c) Coleccion Museo Dolores Olmedo, Xochimilco, MexicoMembre du Parti communiste mexicain, elle rencontre Diego Rivera, peintre muraliste et artiste majeur de la révolution mexicaine. Il est tout de suite impressionné par la force de ses peintures et parlera "d'une sensualité vitale enrichie par une faculté d'observation impitoyable, quoique sensible". Ils se marient en 1929 et, en 1937, le couple accueillera dans sa  "Maison bleue" le révolutionnaire russe Léon Trotski, avec qui Frida  entretiendra une liaison.

Atteinte de la poliomyélite depuis l'enfance, Frida Kahlo a été victime à l'âge de 17 ans d'un dramatique accident d'autobus dont elle endurera les terribles séquelles toute sa vie.

Son oeuvre est profondément marquée par cette douleur, et par sa  relation tumultueuse avec Rivera, dont elle divorce en 1939 avant de l'épouser à nouveau en 1940. Elle subira 32 opérations et trois fausses couches. Dans ses oeuvres, elle se met en observation, ses 55 autoportraits représentent un tiers de sa production. Si la douleur et la mort sont très présente dans ses oeuvres, marquées par une imagination foisonnante, il y a aussi une incroyable pulsion de vie. Autodidacte, fortement inspirée par la nature et l'art précolombien, son principal sujet de représentation n'est autre qu'elle-même car, disait-elle, c'est ce qu'elle voyait le plus.

Frida Kahlo est un "icône de la libération des femmes" dans la "société catholique très fermée qu'était le Mexique dans la première moitié du XXe siècle", explique Carlos Philips, le directeur du musee Dolores Olmedo de Mexico. "Elle a peint sa vie" et "sa vie était surréaliste", ajoute-t-il: "Chaque toile a une histoire."

Frida Kahlo, Mi nana y yo (Ma nounou et moi), 1937 (c) Coleccion Museo Dolores Olmedo, Xochimilco, MexicoPrésentées sur de grands panneaux inclinés à la manière de chevalets, surmontés pour certains de miroirs rappelant ceux qui surplombaient le lit de Frida Kahlo, les toiles présentées à Bruxelles couvrent les années 1927-1945, soit la  quasi-totalité de la production d'une artiste souvent associée au mouvement  surréaliste, bien qu'elle en ait rejeté l'étiquette.

L'exposition s'ouvre sur El Camion (Le bus), réalisé en 1929,  où elle se dépeint en jeune bourgeoise sage et élégante. Son image se transforme à mesure que ses douleurs s'accentuent et que sa  relation avec Diego Rivera se détériore. Au milieu des années 1940, elle se représent le visage fermé, un fort duvet au-dessus de la lèvre supérieure, les sourcils fournis. Une époque  illustrée par le célébrissime Autoportrait avec petit singe, l'un des clous de l'exposition.

La colonne brisée, réalisée en 1944 alors qu'elle était prisonnière d'un corset en acier, exprime la souffrance et la solitude, même s'il y luit encore une lueur d'espoir et une touche d'érotisme. Frida Kahlo lutte contre la mort jusqu'à la fin: en 1953, l'année avant sa mort, alors qu'on inaugure sa première grande exposition personnelle à Mexico et qu'on ne l'attend pas, elle arrive en ambulance et y assiste sur un lit à baldaquin.

L'exposition Frida Kahlo y su Mundo vient en apéritif à une série d'évènements lancés simultanément le 11 février au Palais des Beaux-Arts: les expositions Imagenes  del Mexicano, ou 5.000 ans d'histoire en 150 portraits, Mundos Mexicanos, ou  le Mexique vu par 25 photographes contemporains, El Horizonte Del Topo (art  contemporain) et Le visage moderniste du Mexique (architecture), ainsi que les concerts de Mexico on stage.

Frida Kahlo y su Mundo, jusqu'au 18 avril, Palais des  Beaux-Arts de Bruxelles. Programme complet du festival sur le site du Palais des Beaux-Arts 

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