Tintoret, Suzanne et les vieillards, v.1555-1556 (c) Kunsthistorisches Museum, Vienne

Tintoret, Suzanne et les vieillards, v.1555-1556 (c) Kunsthistorisches Museum, Vienne

Le Louvre expose l'âge d'or de la peinture vénitienne vu à travers les rivalités autour de Titien (jusqu'au 4 janvier)

Pendant la seconde moitié du XVIe siècle, Titien, qui domine la scène artistique vénitienne, est défié par une nouvelle génération de peintres parmi lesquels Tintoret, Véronèse ou Bassano.

Une rivalité féconde qu'illustre un choix de plus de 80 tableaux et une série de thèmes communs à tous ces artistes, portrait, nu, scènes religieuses...

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L'intérêt de la période choisie est que les trois grands peintres venitiens, Titien, Tintoret et Véronèse, sont vivants et bien actifs, explique Jean Habert, un des commissaires de l'exposition. Si Titien occupe le devant de la scène, beaucoup d'autres travaillent dans la cité des Doges, "souvent pour les mêmes commanditaires et sur les mêmes thèmes".

Le régime politique particulier de la République de Venise et sa structure sociale favorisent la diversité artistique: de nombreuses familles riches, l'église et le réseau de confréries offrent une quantité de commandes pour lesquelles les artistes rivalisent. "Les conditions sont réunies pour une éclosion artistique hors pair", ajoute Jean Habert.

Titien reste le maître incontesté
Titien, Danaë, 1544-1546, Naples, Museo di Capodimonte (c) Scala, FlorenceSi les peintres cherchent à se confronter ou à copier Titien, le maître incontestable, déjà bien installé au milieu du siècle, ils cherchent aussi à s'en démarquer. L'exposition tente de comprendre comment chacun raconte l'histoire de façon différente, avec des styles différents, explique l'autre commissaire, Vincent Delieuvin.

Symbole de la "noble rivalité" entre les trois peintres, on dit que Véronèse s'est représenté avec Titien et Tintoret au centre des Noces de Cana en musiciens s'unissant aux autres dans un concert harmonieux.

L'exposition s'ouvre sur deux oeuvres de Titien, son Pape Paul III et sa Danaé, et des oeuvres de jeunesse de Tintoret et de Véronèse.
Titien (1488-1576), dont la longévité lui a permis de dominer le siècle, a une longueur d'avance sur Tintoret (1519-1594) et Véronèse (1528-1588), peintre venu de Vérone en 1553.

Du portrait au reflet
Titien, Vénus au miroir, vers 1555, (c) Courtesy Board of Trustees of The National Gallery of Art, WashingtonDéjà célèbre, Titien est celui qu'on copie, avec qui on cherche à rivaliser. La puissance d'expression de ses portraits, qui donnent l'impression que le modèle est vivant et regarde le spectateur, est imité par ses deux jeunes confrères.

Tintoret, ambitieux, cherche en revanche à se démarquer dans la  représentation des corps. Ce sont des corps sculpturaux que ce grand admirateur de Michel-Ange peint.

Véronèse, qui conquiert vite l'aristocratie vénitienne par son style coloré et sa lumière, se situe davantage dans la lignée de Titien. Le maître le soutient d'ailleurs, lui obtenant des commandes prestigieuses.

Après le portrait, domaine d'excellence de Titien, l'exposition se penche sur le reflet. Cet élément entre dans un débat de l'époque sur les mérites respectifs de la peinture et de la sculpture. Comme celle-ci, il permet de regarder un sujet sous plusieurs facettes avec la couleur en plus. Les peintres vénitiens ont abondamment utilisé le reflet, dans les armures et les miroirs, voire dans l'eau, multipliant les points de vue de façon parfois ironique, comme Tintoret, dans Suzanne et les Veillards.

Le religieux, mêlé au profane ou dramatisé par la nuit
Veronese, les Pèlerins d'Emmaüs, vers 1555-1560, Paris, musée du Louvre (c) RMN / Gérard BlotLes peintres de Venise mélangent allègrement peinture profane et sacrée. C'est particulièrement manifeste dans les différentes représentations des Pèlerins d'Emmaus. Titien introduit des personnages contemporains (aubergiste, page), des animaux. Pour le même sujet, Véronèse représente la scène dans un cadre qui ressemble aux villas vénitiennes. Il y figure ses commanditaires et leurs enfants jouant avec des animaux. Le peintre sera d'ailleurs poursuivi par l'Inquisition pour un tel mélange des genres dans une autre toile. Bassano met les cuisines au premier plan.

En pleine contre-réforme, époque où l'église privilégie la prière ou les épisodes tragiques de la vie du Christ, les peintres dramatisent les scènes religieuses en les représentant dans une ambiance crépusculaire ou nocturne. On peut voir au Louvre une sublime Déposition du Christ de Tintoret où les corps se serrent dans une expression de douleur extrême. L'exposition confronte différentes versions de Saint Jérôme pénitent ou de représentations dramatiques du Christ au Jardin des oliviers.

Le nu féminin
Tintoret, Tarquin et Lucrèce, vers 1580 (c) The Art Institute of ChicagoLe nu féminin est un des grands thèmes de la Venise du XVIe siècle, avec Titien en maître absolu, pour la sensualité et la finesse des carnations.

La sensualité des nus est souvent opposée à la violence dans des scènes historiques. L'exposition confronte deux Tarquin et Lucrèce magistraux. Dans la toile de Titien la blancheur de la peau de Lucrèce, sur des oreillers blancs, est confrontée au velours rouge sang de l'habit de son agresseur, une terreur extrême se lit dans ses yeux, face à la bestialité de Tarquin qui se penche sur elle. Tintoret joue, lui, sur le chaos et le déséquilibre, le collier de Lucrèce se brise et les perles dégringolent, son corps est désarticulé, une sculpture se renverse.

Titien, Tintoret, Véronèse... Rivalités à Venise, Musée du Louvre, Paris 1er, Hall Napoléon
Tous les jours sauf mardi, 9h-18h, jusqu'à 20h le samedi et 22h le mercredi et le vendredi
Nocturnes supplémentaires jusqu'à 20h les 27 et 28 décembre et les 2, 3 et 4 janvier
Jusqu'au 4 janvier
Renseignements sur le site du Louvre

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