Lucian Freud, Reflection with Two Children (Self-Portrait), 1965

Lucian Freud, Reflection with Two Children (Self-Portrait), 1965

(c) José Loren, Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid (c) Lucian Freud
Le Centre Pompidou expose Lucian Freud, peintre anglais des chairs, considéré comme un des plus grands contemporains

Le Centre avait déjà organisé une rétrospective en 1987. Ses responsables ont voulu voir comment l'art de Freud avait évolué depuis, alors que sa renommé n'a cessé de croître pendant la vingtaine d'années passées.

La commissaire de l'exposition, Cécile Debray, a choisi le thème central de l'atelier, lieu de toute sa création (jusqu'au 19 juillet).

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L'exposition est composée d'une cinquantaine de peintures de grand format et quelques oeuvres graphiques: vues de l'atelier, vues depuis l'atelier, autoportraits et portraits nus, dont les derniers, du danseur imposant Leigh Bowery et de son amie Big Sue.

Lucian Freud, Large Interior, Notting Hill, 1998, Collection particulière, photo John Riddy (c) Lucian FreudLe monde clos de l'atelier est le laboratoire de Lucian Freud, né en 1922 à Berlin. "Mon travail est purement autobiographique. Il y est question de moi et de ce qui m'entoure", dit-il. Il peint exclusivement dans son atelier, qui a déménagé plusieurs fois, toujours à Londres. Quand il représente l'extérieur, c'est, vus depuis l'atelier, quelques paysages urbains ou le jardin. Les tableaux de végétation de Lucian Freud sont rares mais toujours présents, souligne Cécile Debray. Il est fasciné par la croissance et le pourrissement.

L'essentiel du travail de Lucian Freud a donc pour décor l'intérieur de l'atelier. Il s'agit de nu et de portrait. Ou plutôt de portraits de personnages nus. Il utilise le mot "naked" (nu en anglais) et non celui de "nude", qui désigne en anglais le nu artistique. "Ce qui m'intéresse vraiment chez les gens, c'est le côté animal. C'est en partie pour cette raison que j'aime les peindre nus. Parce que je vois davantage de choses."

Lucian Freud, After Cézanne, 2000 (c) photo: Canberra , National Gallery of Australia (c) Lucian FreudLucian Freud ne peint pas des modèles professionnels, il peint ses proches, famille et amis, dans une mise en scène de meubles ou d'objets dispersés, fauteuils ou canapés défoncés, lits en fer couverts de draps blancs, tas de chiffons. Un chien est souvent présent dans la scène.

Utilisant des empâtements d'un blanc appelé blanc de Cremnitz sur lesquels il fait jouer la lumière, l'artiste porte sur les chairs un regard pas complaisant du tout, soulignant les défauts et le passage du temps. Ce qu'il veut montrer, c'est "une intensification de la réalité", explique-t-il.

"Je veux que la peinture fonctionne comme la chair (...) Pour moi, le tableau est la personne. Je veux qu'il fonctionne comme la chair", explique-t-il. Sa représentation des chairs peut déranger. Après avoir surtout peint des figures plutôt maigres, voire décharnées, il a travaillé dans les années 1990, au contraire, sur des personnages imposants, le performer Leigh Bowery et son amie obèse Big Sue.

Lucian Freud travaille aussi l'autoportrait, capturé dans un miroir, dans des tableaux baptisés Reflection, pas plus tendres que ses portraits. Il se représente nu, la palette à la main, dans des godillots sans lacets ou caché derrière une plante verte. Dérision ou mégalomanie, il se représente debout, peignant, son modèle à ses pieds (Le peintre surpris par une admiratrice nue, 2004-2005). Dans une contreplongée vertigineuse saisie dans un miroir au sol, il montre une image imposante de l'artiste, tempérée par la présence de ses enfants (Reflection with Two Children).

Lucian Freud, Leigh under de Skylight, 1994, Collection particulière, Photo John Riddy (c) Lucian FreudLe peintre n'a pas de projet construit à l'avance quand il commence un tableau. Il le compose petit à petit, devant parfois rajouter du chassis et de la toile pour allonger la scène, raconte Cécile Debray. Une scène qui raconte des histoires mytérieuses, ajoute-t-elle. Quand elle comprend plusieurs personnages, ceux-ci sont généralement peints lors de séances de pose différentes. Résultat de cette façon de travailler, une sensation d'étrangeté spatiale qui dément le réalisme apparent du tableau.

Dans Large Interior, Notting Hill (1998), un homme habillé lit au premier plan, tandis qu'au fond, un homme nu allaite un bébé. Dans Evening in the Studio (1993), c'était une femme qui lisait à l'arrière-plan tandis que les chairs démesurées de Big Sue étaient échouées par terre au premier plan. Evoquant un manque de communication, les deux tableaux suscitent un léger malaise.

Parfois, Lucian Freud peint une petite nature morte, comme l'évier de Two Japanese Wrestlers by a Sink. Les deux lutteurs japonais cités en titre ne sont qu'un élément périphérique du tableau, image tronquée accrochée au-dessus de l'évier. Ce travail repose l'artiste du travail sur modèle, qui implique une certaine tension, explique Cécile Debray.

L'exposition est complétée par des photos de l'atelier du peintre, prises par son assistant David Dawson.

La dernière exposition monographique de Lucian Freud à Paris, organisée au Centre Pompidou en 1987, avait peiné à trouver son public. Depuis, l'artiste anglais est devenue une star. L'une des oeuvres exposées aujourd'hui (Benefits Supervisor Sleeping, 1995) est le tableau d'un artiste vivant le plus cher au monde. Il s'est vendu pour près de 34 millions de dollars en mai 2008. Cette fois-ci, le public devrait être au rendez-vous.

Lucian Freud, L'Atelier, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, www.centrepompidou.fr, 01-44-78-12-33
Tous les jours sauf mardi 11h-21h, le jeudi jusqu'à 23h
Tarifs: 12€ et 9€
Jusqu'au 19 juillet

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