Izis, Sur les quais de la Seine, Petit Pont (à g) et Fête, place de la République, 1950 (à d) (c) Izis Bidermanas

Izis, Sur les quais de la Seine, Petit Pont (à g) et Fête, place de la République, 1950 (à d) (c) Izis Bidermanas

Après Willy Ronis et Doisneau, Paris présente une grande rétrospective du photographe Izis (jusqu'au 29 mai)

Izis faisait partie des photographes humanistes français exposés au MoMA en 1951. Référence de ce courant de l'après-guerre, il est peu connu du grand public et pas très souvent exposé.

La ville de Paris a voulu réparer ce que Willy Ronis appelait sa "mise au purgatoire injuste", en exposant 270 images qui révèlent tous les aspects de son oeuvre.

Outre ses photos de Paris et des bords de Seine, Izis a été le portraitiste d'écrivains et a travaillé avec eux sur des livres, mêlant l'univers des mots et l'univers des images. Il a photographié le cirque et travaillé pour Paris Match.

Izis, Place Falguière, 1949 (c) Izis BidermanasNé en 1911 en Lituanie, Izraëlis Bidermanas arrive à Paris en 1930. Alors qu'il commence à s'installer (il gère un studio de photo), la guerre éclate et il part se cacher avec sa famille près de Limoges, à Ambazac. Quand il s'engage dans les FFI à la Libération, on le met au standard de la caserne où défilent tous les résistants qui arrivent du maquis, en tenue de combat, mal rasés, fusil en bandoulière. Il en profite pour tous les prendre en photo, et réalise une formidable série d'images brutes sur fond blanc.

C'est sur cette série, qui signe la naissance du travail artistique d'Izis, que s'ouvre l'exposition. Elle met en face à face des tirages de l'époque, travaillés à l'ancienne, avec une ombre rajoutée, et des tirages d'aujourd'hui, bruts. C'est à cette époque aussi que le photographe prend le nom d'Izis, pseudonyme choisi dans la clandestinité.

Comme ses compagnons "humanistes", Izis a beaucoup photographié Paris. "Paris excitait mon imagination", dira-t-il. Pour l'est, Paris était le "paradis européen". Izis s'intéresse aux petites gens, même si son message est plus poétique que social. Il aime particulièrement les bords de Seine, où il photographie les pêcheurs, les amoureux et, beaucoup, les dormeurs, clochards ou ouvriers qui font la sieste à même le pavé. Il les vise de dessus, ou ose des cadrages originaux. Les jambes d'une fille allongée sur un parapet semblent sorties de nulle part, un corps allongé sur un tas de caillou a l'air d'avoir perdu sa tête.

Izis, Lagny, 1959 (c) Izis BidermanasPour Armelle Canitrot, co-commissaire de l'exposition, il y a chez lui une "intranquillité qu'il n'y a pas chez les autres humanistes". Il photographie aussi les rails entre chien et loup ou les chiffonniers de la porte de Vanves, le linge qui sèche dehors, sous l'oeil d'un chat, un enfant à la fenêtre.

Izis a été salarié de Paris Match pendant 20 ans. C'était pourtant un reporter un peu décalé. Au journal, il était celui qu'on envoyait là "où il ne se passe rien", disait-il. Et quand on l'envoie sur un événement, il est chargé des à-côtés. Quand il est à Londres pour couvrir le couronnement d'Elizabeth II en 1953, il rapporte des images très drôles, comme ce portrait de la reine exposé dans la vitrine d'un marchand de volailles.

Si Izis était désespéré, il avait aussi beaucoup d'humour, raconte son fils Manuel Bidermanas, co-commissaire de l'exposition. Il avait connu la misère et toute sa famille, juive, avait été tuée pendant la guerre. Mais il aimait faire le pitre.

Izis a fait des portraits d'artistes, notamment d'écrivains. Il a travaillé aussi avec des écrivains. Pour Colette, immobilisée, il est allé dans les lieux qu'elle aimait et où elle ne pouvait plus se rendre. Au désert de Retz, il est fasciné par les ruines de l'architecture utopiste. Pour elle il a photographié la détresse d'animaux en cage, magnifiques portraits de fauves ou de gazelles derrière les barreaux.

Izis, Homme aux bulles de savon, Petticoat Lane, Middlesex Street, Whitechapel, 1950 (c) Izis BidermanasAvec Prévert, la collaboration, l'articulation des mots et des images est particulièrement fructueuse. Ensemble, ils font un livre sur Londres. "Nous étions faits pour travailler ensemble, car c'était un poète qui s'inspirait d'une certaine réalité", disait Izis. A Londres encore, le photographe s'intéresse aux ambiances nocturnes, aux quartiers populaires.

Un des sujets de prédilection d'Izis était le cirque, qui le fascinait littéralement. Dès qu'il arrive en France, il s'y rend souvent, regardant avec tendresse les clowns, nains et autres gens de cirque. Il tourne aussi son objectif vers le public, les enfants bouche bée devant le spectacle. Il aime aussi les attractions de fête foraine, petits et grands sur les chevaux de bois, deux filles en plein ciel, volant dans une nacelle.

Izis faisait partie des cinq photographes français (Five French Photographers) exposés en 1951 au MoMA de New York, avec Brassaï, Robert Doisneau, Willy Ronis et Henri Cartier-Bresson. Il n'a pas connu le retour en grâce de la photo humaniste comme Doisneau ou Ronis. Mort en 1980, est-il parti trop tôt pour en bénéficier ? Ronis, qui était son ami, parlait pour lui d'une "mise au purgatoire injuste". Un purgatoire dont cette exposition veut le sortir.

Izis, Paris des rêves, Hôtel de Ville de Paris, 5 rue Lobau, 75004 Paris
tous les jours sauf dimanche et fériés, 10h-19h
exposition gratuite
jusqu'au 29 mai 2010

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