Robert Doisneau, La Voiture fondue, 1944

Robert Doisneau, La Voiture fondue, 1944

(c) Atelier Robert Doisneau
La Fondation Henri Cartier-Bresson expose Robert Doisneau, entre poésie et gravité (jusqu'au 18 avril)

La commissaire Agnès Sire a voulu aller au-delà de l'image agréable et anecdotique que l'on aurait tendance à coller au photographe.

On les connaissait, pourtant, ses forts des Halles, ses clochards et ses danseurs de banlieue. On connaît peut-être moins ses vues larges des villes de ceinture pendant l'occupation et dans l'immédiat après-guerre.

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Pour les organisateurs de l'exposition, Doisneau a été longtemps perçu comme le chantre du pittoresque parisien. L'oeuvre de Robert Doisneau est plus complexe, veulent-ils montrer. "L'idée, c'était de regarder Doisneau autrement. Son côté sucré, joli, rieur, gentil, ne m'intéressait pas vraiment", explique Agnès Sire, directrice de la Fondation Cartier-Bresson et commissaire de l'exposition. Elle a voulu montrer également comment le photographe, qui a aussi effectué des commandes alimentaires pour la pub ou la mode, est passé "du métier à l'oeuvre", selon des mots empruntés à Jean-François Chevrier, critique d'art et spécialiste de Doisneau.

La fondation Henri Cartier-Bresson présente une centaine d'épreuves originales choisies dans l'Atelier Robert Doisneau et des collections privées et publiques, datant de 1930 à 1966. En se plongeant dans les archives, Agnès Sire dit avoir trouvé une "gravité, une tonalité parfois sombre".

Robert Doisneau, Bidonville à Ivry, 1946 (c) Atelier Robert DoisneauL'exposition s'ouvre sur deux images des tout débuts, Doisneau n'a pas 20 ans. Il photographie un tas de pavés et sa chambre à coucher à Gentilly (Val-de-Marne), sa ville natale.

Inlassablement, il va arpenter les rues de ces villes de banlieue limitrophes de Paris, leur pavé luisant sous la pluie ou blanc de neige, sachant capter le charme maintenant nostalgique d'un café de coin de rue, d'une terrasse encombrée de landaux, d'une minuscule épicerie-buvette.

Une banlieue où on a encore de l'espace, l'espace de rêver sur des bords de Seine campagnards, où un grand espace blanc de neige apparaît au coin d'une rue. Doisneau nous livre là des ambiances nocturnes, une magnifique vue d'Arcueil, de haut, parsemée de lumières comme des lucioles. Les amoureux du bord de Seine (Vitry, 1945), cachés dans une obscurité à peine éclairée par la fenêtre lointaine d'un café, semblent sortis d'un roman noir.

La joie de vivre est présente dans les images de Doisneau, bien sûr. Elles datent pour beaucoup des années après la Libération. On danse le 14 juillet, on se marie, les enfants jouent en liberté dehors, dans des rues sans voitures.

Ce sont aussi des années de misère, et Doisneau en rend compte sans complaisance, même s'il arrive à trouver une certaine poésie à la zone, comme dans La Courneuve (1945), où deux enfants de dos, la main dans la main, s'en vont sur une route pavée défoncée. Au bord du canal Saint-Denis, des enfants glanent le charbon et des bidonvilles se construisent dans sa banlieue. C'est avec grande pudeur et respect qu'il photographie les prostituées de la rue de la Trinité ou les clochards du bassin de l'Arsenal.

Robert Doisneau est né en 1912 à Gentilly. Formé à la gravure à l'Ecole Estienne, il est dessinateur puis opérateur du sculpteur André Vigneau et photographie déjà les rues de Paris et de sa banlieue. Son premier reportage sur les puces de Saint-Ouen est publié en 1932 dans Excelsior. A la fin des années 1930, il travaille pendant cinq ans au service photo des usines Renault, d'où il est licencié pour retards répétés.

Plus tard, il intègre l'agence Rapho. Il fait des photos de pub, et aussi quelques photos de mode. Mais il préfère la banlieue, les bistrots et les gens modestes. Il est l'une des grandes figures de ce qu'on a appelé la photographie humaniste française de l'après-guerre.

Robert Doisneau, Du métier à l'oeuvre, Fondation Henri Cartier-Bresson, 2 impasse Lebouis, 75014 Paris, 01-56-80-27-00
tous les jours sauf lundi et jours fériés, 13h-18h30 sauf samedi 11h-18h45 et mercredi jusqu'à 20h30
Tarifs: 6€ / 3€ / gratuit le mercredi de 18h30 à 20h30
Jusqu'au 18 avril 2010

Le site de la Fondation Cartier-Bresson
 

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