Joseph Mallord William Turner, La Plage de Calais, à marée basse, des poissardes récoltant des appâts, 1830

Joseph Mallord William Turner, La Plage de Calais, à marée basse, des poissardes récoltant des appâts, 1830

© Bury Art Gallery, Museum & Archives, Lancashire / Photo © Tate Photography

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William Turner rivalise avec ses maîtres et ses contemporains au Grand Palais, jusqu'au 24 mai
L'exposition Turner et ses peintres illustre la construction de l'art du peintre anglais de paysages, à travers 100 tableaux et oeuvres graphiques de sa main et de celle d'autres artistes.

L'exposition, qui vient d'être présentée à la Tate Britain de Londres, s'installe à Paris pour trois mois, avant de partir pour Madrid cet été.

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"Plutôt que de montrer le Turner très visionnaire, très libéré dans sa technique de la fin de sa carrière, nous avons voulu raconter comment l'artiste s'était construit en s'enracinant dans une tradition", explique Guillaume  Faroult, commissaire de l'exposition.

Claude Lorrain, Paysage avec Jacob, Laban et ses filles, 1654, The National Trust, Petworth (c) NTPL / Derrick E.WittyFils d'un barbier londonien, Joseph Mallord William Turner (1775-1851) se révèle doué dès son enfance. Son père expose fièrement ses dessins dans sa vitrine et le fait entrer dès l'âge de 14 ans à la Royal Academy of Arts. Il suit les cours du peintre Joshua Reynolds qui demande à ses élèves de connaître parfaitement l'art des maîtres.

Très vite, Turner se met à l'aquarelle, en plein essor en Angleterre. Il se mesure à un autre aquarelliste très talentueux Thomas Girtin, à la fois concurrent et ami, qui décède à l'âge de 26 ans. A vingt ans, Turner gagne déjà sa vie avec ses aquarelles et il ne cessera  d'en vendre, ce qui en fera un homme riche. A la fin des années 1790, il produit aussi ses premiers grands paysages, en hommage notamment au paysagiste gallois Richard Wilson (1714-1782).

Joseph Mallord William Turner, Palestrina Composition, 1828-1983, Londres, Tate Britain (c) Tate PhotographyA 27 ans, il devient membre à part entière de la Royal Academy, signe d'une reconnaissance fulgurante.

L'exposition met côte à côte des tableaux de Turner et de ses contemporains, qui ont pu être dans des démarches proches, et aussi avec des oeuvres plus anciennes qui l'ont influencé.

Pour les exemples du passé, Turner s'intéresse à la peinture italienne de paysage du XVIIe, aux sites tourmentés de Salvator Rosa, et aussi aux représentations classiques des Français de Rome, Nicolas Poussin (1594-1665) et surtout Claude Gellée, dit le Lorrain (1604-1682).

Sa rencontre avec la peinture du Lorrain est décisive. Poète de la lumière, Le Lorrain lui apprend aussi l'art de composer des paysages harmonieux. Il reprend ses vues encadrées d'arbres, ses lumières et ses arrière-plans vaporeux, ses ponts qui structurent la composition. Le Passage du ruisseau de Turner cite Moïse sauvé des eaux du Lorrain.

Une autre influence déterminante est celle des peintres du nord. "Avec 'Claude' (Le Lorrain), Turner a appris la lumière. Avec Rembrandt, il va apprendre l'ombre et l'obscurité", souligne Guillaume Faroult.

Joseph Mallord William Turner, L'Ange debout dans le soleil, 1846, Londres, Tate Britain (c) Tate PhotographyTurner a vu Le Moulin de Rembrandt, paysage dramatique plongé dans l'obscurité où un rayon de soleil couchant éclaire les seules ailes de l'édifice. La toile lui inspire une aquarelle et, sans doute, le Four à chaux, où il reprend le contre-jour dramatisé du maître hollandais.

Turner admire aussi les marines hollandaises, très à la mode en Angleterre à l'époque. Toute sa vie, il peint la mer, sous des ciels sereins ou tourmentés, des bateaux secoués par les vagues.
Les tempêtes de Jacob van Ruisdael lui inspirent même, en hommage, un lieu imaginaire, Port Ruysdael, et elles restent pour lui une source d'inspiration jusqu'à la fin de sa vie.

La tardive Tempête de neige en mer, exposée dans la dernière salle de l'exposition, ne sera plus qu'un tourbillon de couleurs et de lumière, tout détail ayant disparu.

Turner est moins convaincant quand il s'inspire des portraits et des scènes de genre du Nord.

L'exposition raconte encore l'émulation, voire la rivalité, qui anime les contemporains de Turner au début du XIXe siècle. Turner repère ce qui marche chez ses rivaux et chez les jeunes talents. Richard Bonington est un admirateur de Turner, mais celui-ci n'hésite pas à reprendre un de ses thèmes qui a eu du succès. Turner peint ainsi une Plage de Calais à marée basse magnifique de dépouillement, après la Côte française avec pêcheurs de son jeune collègue.

Joseph Mallord William Turner, Tempête de neige, 1842, Londres, Tate Britain (c) Tate PhotographyLes expositions publiques se développent en Angleterre, et c'est à qui arrivera, davantage que l'oeuvre voisine, à attirer l'oeil du visiteur. Couleurs franches ou scènes spectaculaires à la manière de Philip James de Loutherbourg (1740-1812) visent à ravir la vedette. On ne voulait pas être accroché à côté de Turner, "c'était aussi préjudiciable que le voisinage d'une fenêtre ouverte, car ses oeuvres attiraient le regard dès qu'on entrait dans la salle", racontera le peintre George Dunlop Leslie.

Dans la dernière salle de l'exposition, on peut voir une grandiose série d'oeuvres des dernières années de Turner, où les formes se dissolvent dans la lumière et la couleur. Serait-ce qu'il a mené à l'extrême l'inspiration "claudienne" ? Toujours est-il que son admiration n'a jamais fléchi. Dans son testament, il demande que deux de ses tableaux soient exposés en permanence à la National Gallery, en regard de deux toiles de Claude "Lorrain".

Pour voir quelques images de l'exposition, cliquer sur DIAPORAMA en haut de la page

Turner et ses peintres, Galeries nationales du Grand Palais, square Jean Perrin, 75008 Paris
du vendredi au lundi: 9h-22h
le mardi: 9h-14
le mercredi: 10h-22h
le jeudi: 10h-20h
fermé le 1er mai

Turner et ses peintres sur le site de la RMN

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