Eric Rohmer aurait fêté ses 90 ans cette année.
AFP / Marie RivièreIl repose au cimetière du Montparnasse. Eric Rohmer, hospitalisé quelques jours avant sa mort, avait tourné son dernier film en 2007.
Jean-Marie Maurice Scherer, de son vrai nom, avait enseigné la littérature avant de se consacrer à la critique cinématographique, puis la réalisation. Il avait été rédacteur en chef des "Cahiers du cinéma" (1957-63).
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Souvent vu comme le Marivaux ou le Musset du cinéma français, le réalisateur avait signé 24 longs-métrages en 50 ans. Le dernier, "Les amours d'Astrée et de Céladon", remonte à 2007.
"Après ce film, je crois que je prendrai ma retraite", avait-il indiqué à l'époque lors de sa présentation au festival de Venise.
Né à Tulle (Corrèze) sous le nom de Jean-Marie Maurice Scherer le 4 avril 1920, Eric Rohmer est d'abord professeur de Lettres avant de se consacrer à la critique cinématographique.
Il co-signe un livre sur Hitchcock avec Claude Chabrol et publie une thèse de doctorat sur "l'organisation de l'espace dans le 'Faust' de Murnau".
Collaborateur des "Temps modernes" et d'"Arts", il devient rédacteur en chef de la "Gazette du cinéma" en 1950 puis des emblématiques "Cahiers du cinéma" de 1957 à 1963.
Après le scénario de "Tous les garçons s'appellent Patrick" tourné par Jean-Luc Godard en 1958, il signe son premier moyen métrage, "Le signe du Lion", en 1959. Créateur indépendant et artisanal, il fonde alors la société de production "Les films du Losange" avec Barbet Schroeder.
Observateur des comportements amoureux et de la comédie sociale, il organise son oeuvre en séries ou "cycles" de films. Les six "Contes moraux" (1962-72), dont "Ma nuit chez Maud" en 1969, qui lui assure la notoriété, et "Le genou de Claire", transposent des contes du XVIIIe siècle, écrits par Marmontel.
Avec les "Comédies et proverbes" des années 1980 ("Les nuits de la pleine lune", "Le rayon vert", "L'ami de mon amie") inspirées d'Alfred de Musset, Rohmer analyse les codes de la modernité et les égarements du coeur. Les "Contes des quatre saisons" des années 1990 poursuivent la même veine.
Avec "La marquise d'O" (1976), "Perceval le Gallois" (1978) ou "L'Anglaise et le duc" (2000), tournés hors des séries, il s'essaie à des recherches plus picturales et à une exploration de l'Histoire, poursuivie dans "Triple agent" (2003).
Tiré du roman du XVIIe siècle d'Honoré d'Urfé "L'Astrée", son dernier film "Les amours d'Astrée et de Céladon" a été sélectionné en compétition à la Mostra de Venise 2007.
Couronné du Prix Louis-Delluc et d'un Lion d'Or à Venise pour "Le rayon vert" (1986), officier des Arts et des Lettres, Eric Rohmer a également signé la pièce de théâtre "Trio en mi bémol" et le roman "Elizabeth", publié en 1946 sous le pseudonyme de Gilbert Cordier.
En apprenant sa disparition, de nombreuses personnalités du monde culturel ont réagi. Comme Arielle Dombasle qui a déclaré : "Moi, il m'a fait découvrir le cinéma", ajoutant : "Il m'a fait comprendre ce qu'était le cinéma, l'écriture cinématographique, l'écriture d'un vrai auteur". "C'est quelqu'un qui m'a fait lire pour la première fois Marivaux" et "qui m'a montré ce qu'était la beauté classique des textes", a-t-elle encore dit.
Pour Pascal Greggory, autre talent révélé par Rohmer, "c'était un homme libre avant tout, qui avait créé une aventure cinématographique unique au monde". Selon lui, Rohmer était "quelqu'un d'assez marginal" qui "n'a jamais fait de concession dans le monde du cinéma".
Autres réactions
Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture: "Ce novateur (...) a su inventer un langage cinématographique qui puise dans les subtilités mêmes de la langue française dont il aura été le grand cinéaste (...) Homme discret, esprit indépendant et exigeant, rigoureux et généreux, il a su se frayer dans le paysage cinématographique un chemin à la fois très personnel, très original et capable d'attirer à lui un vaste public de cinéphiles et d'amateurs."
Nicolas Sarkozy a salué lundi en Eric Rohmer le "grand auteur" d'un cinéma "singulier, unique." "Il tenait de la littérature, il tenait de la peinture, il tenait du théâtre et de la musique", a indiqué le chef de l'Etat dans un communiqué. "Classique et romantique, sage et iconoclaste, léger et grave, sentimental et moraliste, il a créé le style 'rohmérien', qui lui survivra".
Jack Lang, ancien ministre de la Culture: Eric Rohmer "aura été l'homme de toutes les découvertes: un art cinématographique à nul autre pareil, la révélation d'acteurs encore inconnus, la prospection d'univers philosophiques et esthétiques insoupçonnés."
Arielle Dombasle, qui a joué dans plusieurs films d'Eric Rohmer, dont "Pauline à la plage" et "Perceval le Gallois": "C'est quelqu'un qui m'a fait lire pour la première fois Marivaux", a-t-elle déclaré sur Europe 1, "qui m'a montré ce qu'était la beauté classique des textes". "Il m'a fait comprendre ce qu'était le cinéma, l'écriture cinématographique, l'écriture d'un vrai auteur. Moi, il m'a fait découvrir le cinéma", a-t-elle ajouté.
Marie Rivière, comédienne qui a tourné trois films avec Eric Rohmer dont "Le rayon vert", a salué "un grand cinéaste" et "un grand coeur". "Il donnait sa chance aux gens, aux techniciens, aux acteurs inconnus", a-t-elle ajouté. "Fabrice Luchini, moi-même et Arielle (Dombasle) n'étions pas connus quand ils nous a pris", a-t-elle ajouté. "Nous l'aimions comme un proche, il a été notre créateur." Selon la comédienne, qui l'avait vu il y a peu de temps, "les derniers jours, il voulait encore du papier et un crayon pour écrire."
Fabrice Luchini, l'un des acteurs fétiches d'Eric Rohmer, le considère comme "le plus grand cinéaste de la Nouvelle Vague après François Truffaut". "Eric Rohmer était tout pour moi. Il était le plus important. Je lui dois tout", a-t-il dit.
Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes : "Sous l'apparente légèreté, il mettait dans ses films une rigueur qui le place parmi les plus grands metteurs en scènes de l'histoire", a-t-il dit saluant "un cinéaste dont l'oeuvre était unique".
Véronique Cayla, présidente du Centre natioal de la Cinématographie: Rohmer "a réalisé au fil de sa carrière une vingtaine de films, comme autant de confidences, où il a approfondi avec une délicatesse et un raffinement inégalés la complexité et l'ambivalence des rapports humains, le mystère de la rencontre et de l'inclination amoureuse".
François Fillon a salué un "cinéaste du subtil", "sophistiqué et dépouillé". "Héritier d'un Flaubert, il a fait merveille dans ce qu'on appelle, dans notre tradition française, l'éducation sentimentale", a déclaré le Premier ministre dans un communiqué.
La filmographie d'Eric Rohmer
"Le Signe du lion" (1959)
Six Contes moraux:
"La Boulangère de Monceau" (1962)
"La Carrière de Suzanne" (1963
"La Collectionneuse" (1966)
"Ma Nuit chez Maud" (1969 - Prix Max-Ophuls)
"Le Genou de Claire" (1970 - Prix Louis-Delluc)
"L'Amour l'après-midi" (1972)
Des adaptations littéraires
"La Marquise d'O" (1976)
"Perceval le Gallois" (1978, prix Méliès)
Comédies et Proverbes:
"La Femme de l'aviateur" (1980)
"Le Beau mariage" (1982, prix Louis-Lumière)
"Pauline à la plage" (1983)
"Les Nuits de la pleine lune" (1984)
"Le Rayon vert" (1986, Lion d'Or à Venise)
"Quatre aventures de Reinette et Mirabelle" (1986)
"L'Ami de mon amie "(1987)
Contes des quatre saisons:
"Conte de printemps" (1989)
"Conte d'hiver" (1992)
"Conte d'été" (1996)
"Conte d'automne" (1998)
"L'Arbre, le maire et la médiathèque" (1993), une chronique politique
"Les Rendez-vous de Paris" (1994), trois histoires d'amour et de sentiments à la louange de Paris
"L'Anglaise et le duc" (2001), une tragédie historique
"Triple agent" (2004), film d'espionnage
"Les amours d'Astrée et de Céladon" (2007)
Voir aussi:
>> Le reportage vidéo sur Culturebox: Eric Rohmer, l'observateur de la comédie amoureuse est mort



