Je suis heureux que ma mère soit vivante - Sortie : 30 septembre 2009

Sortie : 30 septembre 2009

06/10/2009 | 18:15 par Jacky BORNET

Je suis heureux que ma mère soit vivante

- Vincent Rottiers : "Je suis heureux que ma mère soit vivante"  - © Metropolitan FilmExport -

Vincent Rottiers : "Je suis heureux que ma mère soit vivante"

© © Metropolitan FilmExport

De Claude Miller et Nathan Miller (France), avec : Vincent Rottiers, Sophie Cattani, Christine Citti - 1h30

Notre identité est un vêtement dont notre enfance a dessiné les coutures. La présence de ceux qui nous ont élevés, nos parents, a été fondatrice de ce que nous sommes. Mais que se passe-t-il quand il s'agit d'absence ? Entre 7 et 20 ans, Thomas a recherché Julie, sa mère biologique.

A l'insu de ses parents adoptifs, il va retrouver cette femme qui l'a abandonné à 4 ans et commencer auprès d'elle une "double vie". Mais "qui a deux maisons perd la raison", dit le proverbe...

 
La critique

Christine Citti : "Je suis heureux que ma mère soit vivante"  © Metropolitan FilmExportDe Claude Miller, l’on connaît l’art de raconter des histoires (Garde à vue, Mortelle randonnée). La famille est aussi une constance de son œuvre (L’effrontée, La Classe de Neige, Un secret). Il signe aujourd’hui un film à quatre mains sur l’abandon, l’adoption et leurs conséquences, avec son fils Nathan. Une histoire de famille, donc, qui accouche d’un grand et beau film.

De tels qualificatifs, d’abord pour le sujet inspirée d’un article d’Emmanuel Carrère, déduit d’une histoire vraie. Ensuite pour l’écriture et la mise en scène ; naturaliste, sans tomber dans le Dardenne ; pour l’intensité dramatique, et pour la conviction des comédiens. Pour le montage, enfin, qui joue comme rarement du flash back et d’autres qui s’y insèrent, afin de mieux revenir au présent. Très belle construction, atypique, qui colle au sujet, où le(s) passé(s) imprègne(nt) d’autant plus le présent qu’il est pétri de mystère, par l’abandon : qui est ma mère ? Puis vient la rencontre, avec elle...

Claude et Nathan Miller, à l’écriture et la réalisation, explorent jusqu’au bout l’énigme des sentiments, engendrée par une telle réalité. Ils concoctent un thriller familial sur un thème social qui n’est pas sans rappeler le récent, et excellent, Fish Tank (récompensé à Cannes 2009), qui explore la famille et sa perte, sous un autre angle. Subsistent le réalisme du cadre, dans tous ses éléments (décors, costumes, plans...), et une émotion proche, sur d’autres traces.

Ici, le thème est l’abandon et l’adoption, avec le traumatisme qu’il en découle chez un jeune garçon (excellent Vincent Rottiers, mais tous les acteurs devraient être cités). Il est saisi à des âges différents, pour mieux décrypter sa névrose. Ses évolutions et leur aboutissement ne peuvent être dites, car elles frustreraient le spectateur d’un récit implacable, très ambiguë, où toutes les portes sont ouvertes et celles sur lesquelles elle ouvrent, inattendues.

Je suis heureux que ma mère soit vivante confirme une rentrée en force du cinéma français, surtout après Un prophète, de Jacques Audiard. Après avoir vu celui-ci, allez voir celui-là, sur un tout autre sujet, mais d’un impact, aussi, sidérant. Heureux.

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