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ICONE ROCK

21/11/2008 | 20:21 par Laure NARLIAN

Nirvana: esprit de Kurt Cobain es-tu là ?

- Kurt Cobain sur scène - Charles Peterson - About a Son de AJ Schnack - eddistribution -

Kurt Cobain sur scène

© Charles Peterson - About a Son de AJ Schnack - eddistribution

Un film documentaire où l'on entend tout du long Kurt Cobain sans jamais le voir, est sorti le 26 novembre

"About a son" de AJ Schnack est basé sur les enregistrements audio du leader de Nirvana réalisés par son biographe Michael Azerrad entre décembre 1992 et mars 1993, un an avant son suicide en avril 1994.

Une galerie parisienne expose par ailleurs jusqu'au 1er décembre les clichés de Charles Peterson, mémoire de la scène grunge de Seattle.

 
Un documentaire innovant

About a Son, de AJ Schnack"About a son", qui aurait pu être baptisé "Dans la peau de..." innove dans le genre très encombré du documentaire sur les icônes de la musique en réussissant un hommage intimiste au plus près de son sujet sans qu'il n'apparaisse ou soit représenté à l'écran.

Extrêmement sobre, il donne à entendre les mots même de Kurt Cobain livrant, analysant et réinventant sans doute aussi, sa propre histoire. Les images qui accompagnent cette plongée dans la psyché de cette icône du rock,  tentent en contrepoint de donner à voir par ses yeux.

Un auto-portrait taillé dans les confidences sonores
"C'est la dernière fois que je livre autant de mon intimité, les gens n'ont pas à savoir, qu'ils aillent se faire foutre", assure Kurt Cobain au début du film, livrant ses réflexions au magnéto de Michael Azerrad dont les 25 heures d'entretiens forment la teneur du livre sorti 6 mois avant sa mort "Come as you are: The Story of Nirvana".

De ces 25 heures, AJ Schnack a choisi de ne retenir que ce qui permet de "mettre l'accent sur sa personnalité plutôt que sur les détails de l'histoire de son groupe". En résulte un portrait intime à hauteur d'homme plutôt qu'un portrait du leader de Nirvana; celui d'un type ultra-sensible et en colère, à jamais nostalgique du temps de l'innocence, en lutte contre la violence et le machisme de la société.

Dans ses confidences, Kurt Cobain revient notamment sur son enfance et le déchirement du divorce de ses parents, sur sa détermination à ne pas être un ado ordinaire, sur ses rêves de punk rocker, sur son empathie-dégoût pour le genre humain, sur sa colère et son inadaptation au travail, sur ses douleurs gastriques, ses tendances dépressives et sa dépendance aux drogues...On y retrouve le jeune homme troublant, bourré de contradictions - en particulier son amour-haine de l'humanité -,  "sarcastique une minute et sincère celle d'après" que les fans de Nirvana ont appris de longue date à fréquenter.

Paysage désolé d'Aberdeen, localité d'enfance de Cobain (c) Charles Peterson - Aj Schnack - EddistributionUn portrait en images des trois villes de sa vie
Guidé par sa voix, le film trace en contrepoint à l'image un portrait de l'esprit de ses principaux lieux de vie.

Soit les trois villes de l'Etat de Washington qui jalonnent son parcours: Aberdeen, patelin glauque de bûcherons au front bas où il a vécu enfant, Olympia, localité humble et charmante avec sa communauté d'artistes où il a fantasmé sa vie de rock star, et Seattle enfin, dure mais bouillonnante, où son groupe a explosé aux yeux du monde. La manière de filmer ces trois villes, de façons totalement différentes et comme on filmerait des êtres vivants, cherche à rendre la perception qu'a pu en avoir Cobain.

Certains trouveront ces images superflues dans la mesure où la véritable matière première est sonore, et encore, quand ces précieuses confidences délivrées sur un ton monocorde - elles ont été recueillies majoritairement de nuit, et en partie au téléphone - trouveront grâce à leurs yeux ! D'autres regretteront qu'il n'y ait pas de musique de Nirvana dans la bande son, basée plutôt sur les groupes préférés de Cobain - qui mettait d'ailleurs régulièrement en avant ses coups de coeur pour d'autres artistes.

Mais on pourra surtout y voir un des plus beaux hommages qui soit: à la source, sensible, honnête, sobre et sans déballage, respectueux de l'esprit de Cobain. "Tout ce que Nirvana a toujours désiré faire, c'est briser le mythe du rock'n'roll et montrer que les rock stars n'étaient que des êtres humains.", disait-il six mois avant sa mort. Toutes proportions gardées, l'ambition de "About a son" est sans doute la même.

"About a son" de AJ Schnack, sorti en salles mercredi 26 novembre 2008

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Voir la critique du film dans notre rubrique cinéma

 
Une exposition de photos à Paris

L'ombre de Cobain sur scène, cliché signé Charles Peterson, exposé à ParisLa Galerie Chappe à Paris expose jusqu'au 1er décembre les photographies de Charles Peterson, témoin privilégié de la scène rock de Seattle, épicentre du mouvement grunge au début des années 90.

Certaines de ses photos de Kurt Cobain et Nirvana sont d'ailleurs montrées vers la fin du documentaire de Aj Schnack.

Les mêmes que l'on retrouve exposées à Paris, dont celles, extraordinaires, de Cobain sur scène défiant les lois de la gravité - bond prodigieux en l'air (1990) et jeu de guitare tête en bas et pieds au ciel (1991). On remarque également la photo prise aux premiers jours de Nirvana, en 1989, dans un champ. Les bouilles d'ados du trio contrastent avec celle de Kurt Cobain prise le jour de l'an 1993 dans sa chambre d'hôtel. Son regard d'alors, désabusé, fatigué du miroir, lassé de faire semblant - il semble simuler le jeu de guitare sur un lit défait - parle plus qu'aucun long discours.

Quelques clichés de Courtney Love et du leader de Pearl Jam Eddie Vedder complètent le panorama. Les clichés de Peterson de cette époque, publiés dans les plus grands journaux, de Rolling Stone au New York Times, sont tous exclusivement en noir et blanc. Les photos sont en vente au prix de 1.000 euros pièce.

Galerie Chappe
4 rue André Barsacq, Paris 18e
(la rue perpendiculaire au funiculaire
de Montmartre)
Du 1er novembre au 1er décembre 2008
De 14h à 19h

 
Le Top 30 de Nirvana

Iggy & The Stooges "Raw Power" Dans le "Journal de Kurt Cobain" (10/18), l'icône rock avait dressé le Top 50 des meilleurs disques selon Nirvana. En voici les 30 premiers:

Stooges: "Raw Power"
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 Pixies: "Surfer Rosa"
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 Breeders: "Pod"
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 Vaselines: Ep rose
Pixies -
 The Shaggs: "Philosophy of the World"
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 Fang: "Land Shark"
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  MDC: "Millions of dead cops"
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 Scratch Acid: Premier EP
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 Saccharine Trust: Premier EP
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 Butthole Surfers: "Pee Pee the Sailor"

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 Black Flag: "My War"
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 Bad Brains: "Rock For Light"
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Gang of Four: "Entertainment!"
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 Sex Pistols: "Nevermind The Bollocks"
Black Flag-
 The Frogs: "It's Only Right And Natural"
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 PJ Harvey: "Dry"
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 Sonic Youth: "Daydream Nation"
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  The Knack: "Get The Knack"
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 The Saints: "Know Your Product"
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Kleenex: Tout

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 The Raincoats: "The Raincoats"
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 Young Marble Giants: "Colossal Youth"
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 Aerosmith: "Rocks"
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 R.E.M.: "Green"
The Clash-
 Shonen Knife: "Burning Farm"
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 The Slits: "Typical Girls"
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 The Clash: "Combat Rock"
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 Faith/Void: Split EP
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 Rites of Spring: "Rites of Spring"
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 Beat Happening: "Jamboree"

 
Kurt Cobain: l'enfance d'un mythe

Kurt Cobain"Aberdeen est une saloperie de petite ville à plus de cent kilomètres de Seattle. A l'origine, la ville n'était rien de plus qu'un bordel. Il y avait là une dizaine de putes qui vendaient leurs corps aux marins en route pour l'Alaska. Et puis certaines prostituées sont tombées enceintes et n'ont pas eu le courage de repartir. Aberdeen était née".

C'est par ce jet d'acide que Chris Novoselic, bassiste de Nirvana, décrit la ville qui a vu grandir Kurt Cobain, que ce dernier décrivait comme "un ramassis de ploucs, de flingues et d'alcool, à l'écart de toute culture". Un coin paumé réjouissant, où le taux de suicide est l'un des plus élevé des USA, et où seule l'industrie forestière semble à peu près bien se porter.

Pourtant, Kurt né le 20 février 1967 de Donald, mécanicien auto, et Wendy Cobain n'est pas un enfant triste. Un gamin ouvert, vivant, enthousiaste, voire exalté. Jusqu'au divorce de ses parents en 1976. Une rupture dont il portera éternellement la blessure, béante.

Intervenue aux alentours de ses 7 ans, cette séparation le désoriente. Elle casse le peu de repères et de confiance en lui de cet hypersensible. La réalité sordide de ce qui l'entoure lui tombe massivement sur les épaules. Jusqu'alors garçonnet insouciant, Kurt Cobain se referme comme une huître, devenant timide et morose. Tristement banale, la séparation de ses parents a fait naître chez lui un sentiment de méfiance et de honte dont il n'arrivera plus jamais à se défaire.

"Je me rappelle seulement n'avoir subitement plus été la même personne, et l'impression de ne plus valoir le coup. Je sentais que je ne méritais plus de traîner avec les autres gosses, parce qu'ils avaient encore des parents et que je n'en avais plus".

Inconditionnel des Beatles, l'enfant se réfugie dans l'écoute de la musique et le dessin. Et l'abîme se creuse davantage encore entre lui et les autres, ces autres dont le destin tout tracé est de ressembler à leurs parents - bûcherons, pêcheurs, chômeurs - et lui qui se refuse farouchement à cet avenir au ciel bas. Régulièrement ballotté ensuite entre le foyer de sa mère et la caravane de son père, c'est chez ce dernier qu'il découvre le hard-rock des seventies: Led Zeppelin, Black Sabbath, Aerosmith. Révélation. Ce rock abrasif et provocateur est plus en phase que les Beatles avec la violence de son propre malaise.

Une autre révélation s'impose bientôt à lui à l'adolescence: la tempête libertaire du mouvement punk britannique dont la provocation et le nihilisme le fascinent. Elle entre dans sa vie à peu près en même temps que les opiacés. Kurt Cobain s'est acheté une guitare électrique d'occasion et martyrise alors consciencieusement son instrument durant des heures.  

"Dès l'instant où j'ai eu ma guitare, j'en suis devenu complètement obsédé. Je ne voulais plus rien faire d'autre". Le hardcore américain, version US du punk anglais en moins candide, plus agressif et nettement plus politisé, sera son dernier point d'ancrage. "J'ai spontanément été attiré par les groupes psychotiques et sauvages, les trucs affreux et extrêmes", reconnaissait-il. Des groupes comme Black Flag, plus proches et plus modernes que les Sex Pistols, synthétisent alors ses angoisses.

 
Nirvana, l'incandescence Punk

Nirvana (c) AFPAu mi-temps des années 80, Kurt a vu la lumière et fait son choix. Son avenir est dans un groupe punk. Dès lors, il va tout faire pour fonder un groupe. "Je voulais faire à la fois du Led Zeppelin, du punk-rock totalement extrême, et en même temps de la pop totalement naïve", dira-t-il plus tard.

Il rencontre Chris Novoselic, né en Californie de parents croates émigrés et qui taquine la basse, et le persuade de jouer avec lui. Ils enrôlent à la batterie Aaron Buckhard, un marginal employé du Burger King local, et commencent à répéter sous différents noms (Skid Row, Ted Ed Fred). Une démo enregistrée avec un batteur plus expérimenté, Dale crover des Melvins, atterrit chez les patrons du label de Seattle Sub Pop qui les engagent sous le nom de Nirvana.

Bleach de NirvanaDès le premier album, Bleach, une déflagration sonore rageuse, Cobain résume déjà dans ses textes la palette de ses obsessions intimes: désillusion, frustration, autodestruction, fatalisme, rejet du modèle machiste. Le disque remporte un joli succès d'estime dans le milieu alternatif et commence à faire parler de lui en Europe. Sonic Youth convainc le groupe de signer chez Geffen.

Dave Grohl, batteur dans le circuit hardcore, est intégré au groupe à la même époque. "En moins de deux minutes, nous savions qu'il était le batteur qu'il nous fallait", racontait Chris Novoselic. "Dynamique, limpide, chaud, vital. C'est le batteur dont nous rêvions depuis deux ans. C'est un cogneur, un terrible cogneur." De fait, Dave Grohl personnifie vraiment la rythmique qui leur manquait pour entrer dans une nouvelle dimension et mettre le feu aux poudres.

Dave Grohl, 2007 (c) AFP - Carl de SouzaC'est d'ailleurs en sa compagnie, avec le second album, Nevermind, sorti à l'automne 1991 et en particulier avec le 45T qui l'a précédé, Smells like Teen Spirit, que le groupe décolle véritablement. Le succès est fulgurant et les ventes s'envolent: en janvier 1992 il s'est déjà vendu à trois millions d'exemplaires rien qu'aux USA. Le reste du monde ne va pas tarder à succomber à ce morceau qui souffle alternativement le froid et le chaud, oscille entre l'abattement et l'ironie, le calme et le déluge sonore, et qui deviendra l'hymne de toute une génération.

Pour la petite histoire, l'origine du titre de ce morceau viendrait d'une conversation de Kurt avec un ami au sujet de la révolte et de l'adolescence. En partant, l'ami en question aurait inscrit sur le mur "Kurt smells like Teen Spirit". Ces mots inspirèrent Kurt Cobain qui ignorait alors que Teen Spirit était une marque de déodorant...

Quant à la mélodie même de ce morceau que le groupe ne trouva bientôt plus aucun plaisir à jouer, elle nétait pas à la hauteur de l'adoration qu'elle déclencha. Son auteur avouait: "le riff de "Smells like Teen Spirit était un tel cliché...Il ressemblait tellement à un truc de Boston ou à Louie Louie. Quand je l'ai joué pour la première fois, Chris m'a regardé et a dit: "c'est ridicule." J'ai fait répéter le groupe pendant une heure et demie".

Nevermind de NirvanaAlors, comment expliquer le succès phénoménal de ce morceau ? Et de l'album Nevermind ? Pour les concerts du groupe, pas de mystère: une tension permanente de la première à la dernière minute, une sensation de danger presque palpable, rendent ces shows grisants, excitants. Pour les disques, on parlera davantage d'empathie. Le public, soit rapidement dix millions d'âmes, a trouvé un porte-voix pour exprimer sa rage, son dégoût et sa frustration. Comme des dizaines d'autres groupes de rock avant Nirvana, donc ?

La différence c'est la fêlure et la sincérité de Kurt Cobain. Sa fragilité. Son discours, qui, avec ses contradictions et son refus farouche de la société matérialiste et broyeuse d'âme, colle précisément à l'époque. "La plupart de mes paroles sont contradictoires. J'écris quelques lignes sincères mais je me sens vite obligé de m'en moquer juste après", reconnaissait-il. 

Le message qu'il dispense est tout sauf explicite. Il est subtil, prend des détours pour se laisser apréhender. Entre les lignes, on peut malgré tout lire dans les paroles de Cobain: "réveillez-vous, ne vous laissez pas broyer, refusez les règles du jeu, pensez par vous-mêmes!".

 
Fin de l'innocence pour Nirvana et chute de l'Ange

Courtney Love (c) AFP - Toby MelvilleLe succès est rapide. Trop. Et massif:  le phénomène musical tourne au phénomène de mode et le groupe devient une bête de foire médiatique. Toutes choses auxquelles les membres du groupe, et en particulier Cobain, n'étaient pas préparés. Mais comment faire machine arrière ? En maltraitant ses morceaux sur scène ? En cassant ses instruments devant le public ? En multipliant les provocations verbales et vestimentaires - le groupe déguisé en filles ? Rien à faire, médias et public grandissant se repaissent au contraire de ces excentricités.

"Rien de plus embarrassant que ces gens qui se jettent sur vous en tremblotant et vous parlent comme à un putain de dieu. Ils me font pitié, et beaucoup d'entre eux se conduisent de façon vraiment tordue. Tout le monde me dit que c'est inévitable mais quel choc ça a été pour moi au début", confiait Kurt Cobain.

Une autre source d'embarras pour le chanteur est qu'il a été intronisé à son corps défendant porte-parole de la "Génération X", du nom d'un livre racontant l'errance de trois jeunes sans aspiration. "Je suis un porte-parole pour moi-même. Il se trouve simplement qu'il y a un certain nombre de personnes qui sont concernées par ce que je dis. Je trouve cela parfois terrifiant, parce que je suis autant désorienté que la plupart des gens. Je n'ai de réponse à rien. Je ne veux pas être un putain de porte-parole".

Son mariage avec Courtney Love, la sufureuse chanteuse du groupe Hole, en février 1992 ne va rien arranger. La presse a trouvé du grain à moudre avec cette starlette provocatrice, ex-strip-teaseuse, perçue comme la nouvelle Nancy Spungen du rock (la compagne assassinée de Sid Vicious des Sex Pistols).

C'est aussi à cette époque que les médias révèlent que le couple prend de la drogue. De fait, le duo fonce la tête la première dans les abysses narcotiques. Les fameux "problèmes d'estomac" de Kurt s'aggravent. Une petite fille, Frances Bean, naît au coeur de ce chaos en août 1992. Le nouveau-né semble un temps favoriser un nouvel équilibre, comme Kurt l'affirme régulièrement, mais force est de constater que de mois en mois le leader de Nirvana devient de plus en plus émacié et blafard.

In Utero de NirvanaLe groupe enregistre son troisième album "In Utero", plus brutal mais largement aussi inspiré que "Nevermind". Pourtant, Cobain semble pessimiste côté créativité: "nous sommes presque à bout. Il ne nous reste rien à atteindre en tant que groupe", déclare-t-il. Nirvana se lance malgré tout dans une tournée mondiale qui commence par l'Europe.

Le 4 mars 1994 à Rome, Kurt Cobain fait une surdose de Rohypnol dans sa chambre d'hôtel et tombe dans le coma. On parle d'une tentative de suicide. Pas la première selon son biographe Michael Azerrad. Il est invité à suivre une cure de désintoxication mais se réfugie dans la solitude et trompe la vigilance de ses proches. Il est retrouvé mort le 8 avril 1994, chez lui à Seattle, par un électricien venu effectuer des travaux à son domicile. Une de ses armes est à son côté. La mort remonte au 5 avril. Il avait 27 ans. Rideau.

L'annonce de sa mort soulève une émotion considérable. Son geste choque. Double tragédie: un fan l'imite. On veut expliquer l'indicible. On cherche des boucs émissaires. On évoque le "sacrifice" du Messie du rock sur l'autel du consumérisme, le "dévouement" de Saint Cobain pour que la génération X soit prise au sérieux.

Depuis, beaucoup d'encre a coulé sur Kurt Cobain et sur le "message" qu'il avait voulu transmettre par ce geste. On a même parlé d'assassinat. Reste un être profondément sensible et autodestructeur dont le malaise a permis d'écrire l'une des plus intenses et magistrales page du rock. Une affaire intime devenue universelle par la grâce de la musique mais dont la fin reste probablement d'ordre strictement privé.

 
Seattle, épicentre "grunge"

Le grunge. Combien Kurt Cobain a dû haïr porter ce chapeau. Tout le monde s'accorde pourtant à dire que le grunge est mort avec Kurt Cobain. Alors qu'était le grunge ? Il s'agit d'un courant du rock à dominante punk parti de la scène underground du début des années 90 à Seattle, ville industrielle de l'Etat de Washington (au nord de la côte Ouest, au dessus de la Californie) où Microsoft a son siège. Une scène dont Nirvana sera le porte-drapeau à son corps défendant, et qui réunit des groupes voisins comme Soundgarden, Pearl Jam, Mudhoney, Afghan Whigs, Screeming Trees ou Alice in Chains.

Une scène qui n'était pas une génération spontanée puisque la filiation remonte à la scène punk hardcore des années 80, avec Black Flag, Husker Dü et les Melvins, et pour remonter plus loin, à quelques groupes radicaux américains des seventies tels que les Stooges, MC5 mais aussi Black Sabbath, Neil Young et Led Zeppelin.

Un label musical farouchement indépendant sera la plateforme discographique de la scène de Seattle et de ses environs: Sub Pop. Monté en 1986 avec 20.000 dollars en poche par Bruce Pavitt, ex-employé de Muzak corporation (un label de musique easy-listening!!), et Jonathan Poneman, promoteur de spectacles, Sub Pop va bientôt polariser toutes les attentions.

"Ils (Sub Pop Ndlr) sont très efficaces dans la manière de promouvoir les groupes underground", expliquait Kurt Cobain à l'époque. "Ils préfèrent laisser mûrir les groupes naturellement, leur faire suivre une progression saine plutôt que de déclencher un bourrage de crâne publicitaire ou promotionnel. Je trouve cette attitude très saine parce qu'elle repose sur une confiance dans le groupe et dans sa musique".

Epaulé du producteur minimaliste Jack Endino - qui met un point d'honneur à "enregistrer" et non à "produire", règle d'or de l'éthique punk-rock selon lui - le label Sub Pop devient la maison-mère de nombre de groupes de la région (Tad, Screaming Trees, Mudhoney, Babes in Toyland, Walkabouts) et connaît la gloire et la fortune avec Nirvana  - dont l'album Nevermind a côuté 130.000 dollars et en a rapporté 50 millions.

Pour le monde, pris par surprise dans le tourbillon "Smells like Teen Spirit", le grunge est resté associé au rock tendu et mélodique de Nirvana mais aussi à un style vestimentaire proche de zéro, dont la chemise de bûcheron à carreaux, assortie à un jean's élimé et à des baskets sans âge, sont restés l'emblème majeur.

Au final, le grunge, terme tombé en désuétude au lendemain de la mort de Kurt Cobain, est presque devenu un synonyme de "white trash", ce qualificatif péjoratif pour définir les petits blancs du milieu ouvrier, sans culture et sans avenir, laissés pour compte du rêve américain.

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