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Au mi-temps des années 80, Kurt a vu la lumière et fait son choix. Son avenir est dans un groupe punk. Dès lors, il va tout faire pour fonder un groupe. "Je voulais faire à la fois du Led Zeppelin, du punk-rock totalement extrême, et en même temps de la pop totalement naïve", dira-t-il plus tard.
Il rencontre Chris Novoselic, né en Californie de parents croates émigrés et qui taquine la basse, et le persuade de jouer avec lui. Ils enrôlent à la batterie Aaron Buckhard, un marginal employé du Burger King local, et commencent à répéter sous différents noms (Skid Row, Ted Ed Fred). Une démo enregistrée avec un batteur plus expérimenté, Dale crover des Melvins, atterrit chez les patrons du label de Seattle Sub Pop qui les engagent sous le nom de Nirvana.
Dès le premier album, Bleach, une déflagration sonore rageuse, Cobain résume déjà dans ses textes la palette de ses obsessions intimes: désillusion, frustration, autodestruction, fatalisme, rejet du modèle machiste. Le disque remporte un joli succès d'estime dans le milieu alternatif et commence à faire parler de lui en Europe. Sonic Youth convainc le groupe de signer chez Geffen.
Dave Grohl, batteur dans le circuit hardcore, est intégré au groupe à la même époque. "En moins de deux minutes, nous savions qu'il était le batteur qu'il nous fallait", racontait Chris Novoselic. "Dynamique, limpide, chaud, vital. C'est le batteur dont nous rêvions depuis deux ans. C'est un cogneur, un terrible cogneur." De fait, Dave Grohl personnifie vraiment la rythmique qui leur manquait pour entrer dans une nouvelle dimension et mettre le feu aux poudres.
C'est d'ailleurs en sa compagnie, avec le second album, Nevermind, sorti à l'automne 1991 et en particulier avec le 45T qui l'a précédé, Smells like Teen Spirit, que le groupe décolle véritablement. Le succès est fulgurant et les ventes s'envolent: en janvier 1992 il s'est déjà vendu à trois millions d'exemplaires rien qu'aux USA. Le reste du monde ne va pas tarder à succomber à ce morceau qui souffle alternativement le froid et le chaud, oscille entre l'abattement et l'ironie, le calme et le déluge sonore, et qui deviendra l'hymne de toute une génération.
Pour la petite histoire, l'origine du titre de ce morceau viendrait d'une conversation de Kurt avec un ami au sujet de la révolte et de l'adolescence. En partant, l'ami en question aurait inscrit sur le mur "Kurt smells like Teen Spirit". Ces mots inspirèrent Kurt Cobain qui ignorait alors que Teen Spirit était une marque de déodorant...
Quant à la mélodie même de ce morceau que le groupe ne trouva bientôt plus aucun plaisir à jouer, elle nétait pas à la hauteur de l'adoration qu'elle déclencha. Son auteur avouait: "le riff de "Smells like Teen Spirit était un tel cliché...Il ressemblait tellement à un truc de Boston ou à Louie Louie. Quand je l'ai joué pour la première fois, Chris m'a regardé et a dit: "c'est ridicule." J'ai fait répéter le groupe pendant une heure et demie".
Alors, comment expliquer le succès phénoménal de ce morceau ? Et de l'album Nevermind ? Pour les concerts du groupe, pas de mystère: une tension permanente de la première à la dernière minute, une sensation de danger presque palpable, rendent ces shows grisants, excitants. Pour les disques, on parlera davantage d'empathie. Le public, soit rapidement dix millions d'âmes, a trouvé un porte-voix pour exprimer sa rage, son dégoût et sa frustration. Comme des dizaines d'autres groupes de rock avant Nirvana, donc ?
La différence c'est la fêlure et la sincérité de Kurt Cobain. Sa fragilité. Son discours, qui, avec ses contradictions et son refus farouche de la société matérialiste et broyeuse d'âme, colle précisément à l'époque. "La plupart de mes paroles sont contradictoires. J'écris quelques lignes sincères mais je me sens vite obligé de m'en moquer juste après", reconnaissait-il.
Le message qu'il dispense est tout sauf explicite. Il est subtil, prend des détours pour se laisser apréhender. Entre les lignes, on peut malgré tout lire dans les paroles de Cobain: "réveillez-vous, ne vous laissez pas broyer, refusez les règles du jeu, pensez par vous-mêmes!".
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