La cité des Poètes à Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis)

La cité des Poètes à Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis)

AFP - Martin BUREAU
La justice administrative a jugé le 25-2 que les permis de démolition de la cité des Poètes à Pierrefitte étaient légaux

Le tribunal administratif de Montreuil a rejeté la demande du collectif d'architectes Docomomo opposés à cette démolition. A leurs yeux, cet ensemble immobilier, qui date des années 80, est "un chef d'oeuvre architectural majeur".

La mairie de Pierrefitte et des habitants de l'ensemble immobilier le décrivent comme un ghetto dangereux et insalubre. 

Les architectes se déclaraient partisans d'une réhabilitation préservant le patrimoine de la cité. Une association d'habitants, l'Association de défense de la rénovation urbaine des poètes (ADRUP), réunissant des habitants et soutenue par la mairie PS de Pierrefitte, avait lancé une pétition pour soutenir la destruction. Pétition signée par plus de 1500 personnes.

Un nouvel ensemble doit être construit à la place de la cité, avec logements, gymnase et école dans le cadre d'une opération de rénovation urbaine.

Le jugement du tribunal administratif
Le tribunal administratif de Montreuil a jugé que "les permis de démolir sont légaux" et a "rejeté les requêtes demandant l'annulation de l'autorisation de démolir cet ensemble immobilier", selon un communiqué. A ses yeux, la réalisation de cette cité "n'a pas atteint les objectifs poursuivis par son concepteur en matière d'écologie et de qualité de vie de ses habitants". 

En outre, la cité "ne peut être regardée comme un symbole d'une période de l'histoire de l'architecture, qui ferait partie d'un patrimoine à protéger ou à mettre en valeur".

Dans la cité
Aujourd'hui, il ne reste plus dans le quartier qu’une seule boulangerie qui survit difficilement. Les autres magasins sont fermés depuis longtemps, selon les habitants. Aujourd'hui, leurs vitrines sont taguées et cassées.


Certains des bâtiments de la cité des Poètes semblent abandonnés. C’est le cas de l’ensemble Brassens avec son style mauresque, qui date de 1983. Une soixantaine de personnes à reloger y vivent toujours. Façades et terrasses sont très abîmées.

Problèmes de sécurité et trafic de drogue sont le lot quotidien Opération anti-drogue de la police le 21 janvier 2009 à la cité des Poètes à Pierrefitte-sur-Seine (AFP - Patrick KOVARIK)des Poètes, explique-t-on à la mairie de Pierrefitte. En janvier 2009, la cité avait fait la une de l’actualité en raison de la découverte d’un trafic d’héroïne frelatée dans ses murs. Un décès ainsi qu'une cinquantaine de malaises et de comas avaient été recensés.

Du côté des habitants
"Nous, ce monument historique, on n'en veut pas ! On nous impose un monument dans un ghetto où personne ne veut habiter", explique le président de l'association ADRUP, Nouredine Abdou. 

"Nous avons le droit de vivre dans des logements décents, avec des services de proximité", poursuit-il. Nouredine Abdou parle de "factures d'électricité énormes" à cause de l'humidité et de la mauvaise isolation. En raison des façades à plusieurs angles, "les meubles Ikéa ne passent pas et il faut faire des meubles sur mesure; c'est le comble pour des logements sociaux!", poursuit-il.

Pour le maire Michel Fourcade (PS), "les gens vivent dans un truc inhabitable". Il décrit "un quartier enclavé avec des coins et recoins (...) où les forces de l'ordre ne peuvent pas pénétrer". "L'Etat a décidé de mettre 180 millions pour démolir et reconstruire" les Poètes, dans le cadre de la rénovation urbaine, explique le premier magistrat de Pierrefitte."Les architectes n'ont qu'à venir y habiter !", lance-t-il.

Du côté des architectes
De son côté, le collectif d'architectes Docomomo voit dans cette cité une "oeuvre majeure du XXe siècle".

La présidente du collectif, Agnès Cailliau, évoque un lieu à des années lumière de ceux qui y vivent. Elle se félicite de "logements sociaux extraordinaires donnés aux plus démunis", avec des terrasses, jardins, duplex, triplex. "Ce n'est plus cette architecture carcérale, de barre", dit-elle, soulignant que les bâtiments comptent
quatre étages. "C'est une architecture de jeu, avec des coursives, des petits jardins ouverts", estime-t-elle.

Agnès Cailliau assure qu'en 2005, une pétition pour la défense du quartier avait été signée par 800 habitants. Le collectif, qui a reçu entre autres le soutien de Jean Nouvel, milite pour la réhabilitation des Poètes, "beaucoup moins chère" que la démolition. Il serait nécessaire de refaire l'étanchéité des terrasses, l'électricité, de créer des panneaux solaires. Il faudrait qu'il y ait "un petit marché", selon l'architecte.

Regards externes
Dans un article publié en mai 2009, le site Mediapart évoque une cité "délabrée" "où même les habitants ont peur de se promener" et où se produisent "des incidents parfois violents". Une cité où les "problèmes de fond n'ont pas disparu" au fil des années: "la pauvreté, le chômage, la drogue".

"L'urbanisme prend sa part. La Cité des poètes est petite, fermée sur elle-même (...), ses immeubles sont mal structurées suite à différentes opérations juxtaposées sans cohérence", a constaté le journaliste Michaël Hadjenberg. Les constructions sont "étranges", "extraordinairement mal agencées, avec des bâtiments de formes pyramidale et certains appartements sans angle droit". "Les idées futuristes du début des années 80 se sont soldées par un fiasco. Sur les nombreuses terrasses du quartier, délaissées, cela fait bien longtemps que plus personne ne prend son petit-déjeuner", poursuit le journaliste. 

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